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Actualité

Publié le 07 jan 2022Lecture 2 min

Les illusions de la médecine préventive et prédictive

Gérard LAMBERT, Paris

Dans un livre passionnant, solidement argumenté et amplement référencé, Delphine Oliver démontre en quoi l’avènement d’une médecine prédictive et préventive, capable de déjouer toute pathologie avant qu’elle ne survienne, n’est qu’une utopie.

Nous le savons de façon intuitive ou, plus ration- nellement, sur la base des résultats de nombreuses études, les dépistages vraiment efficaces sont les dépistages ciblés, et les prédictions médicales n’ont une réelle portée que pour les populations à risque. Cela ne nous empêche pas de prêter parfois une oreille bienveillante aux promesses de la médecine personnalisée ou de la médecine 4P (Prédictive, Préventive, Personnalisée et Participante) de Leroy Hood qui, à grand renfort de technologies sophistiquées (big data, génomique, objets connectés, etc.), devrait permettre à chacun de conserver la santé grâce à une intervention précoce à la moindre déviation de « la normale ». Plus qu’une simple évolution de la pratique médicale, il s’agirait d’inverser le rôle du praticien qui, de thérapeute, se ferait (ange) gardien de la santé. Pour mieux comprendre les origines et la récurrence de ces promesses depuis plus d’un siècle, la philosophe Delphine Olivier entreprend une archéologie du concept, traquant ses prémices jusque dans les ambitions des hygiénistes et les triomphes de la microbiologie au tournant des XIXe et XXe siècles. À partir des années 1960, l’avènement des techniques d’examens périodiques de santé donne un nouveau souffle à ces discours. L’auteure revient en détails sur plusieurs expériences qui entendaient prouver la faisabilité et l’efficacité d’une médecine capable d’éviter l’épreuve de la maladie grâce à une observation globale (pour ne pas dire totale et inquisitrice) du patient et aux nouvelles technologies (déjà !), expériences infructueuses, oubliées, mais si éclairantes pour analyser les discours contemporains. Leurs échecs ne ressortent pas d’un défaut de connaissance scientifique ou de moyens encore insuffisants, mais de la nature même du projet. Car la santé n’est pas un objet de science, elle échappe à sa rationalité, ses méthodes et ses outils. « Nous voudrions que le réel tout entier puisse être intelligible », écrit Delphine Olivier, « et que nos impressions de santé puissent être appréhendées par nos outils scientifiques. » En s’appuyant notamment sur la philosophie de Georges Canguilhem dans son dernier chapitre, Delphine Olivier apporte une imparable démonstration du caractère chimérique de ces promesses fondées sur une illusion épistémologique.

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