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Cosmétologie, Esthétique

Publié le 15 jan 2012Lecture 11 min

Bénéfices et dangers des composants des cosmétiques

M. VIGAN, UF allergologie, Département Dermatologie, CHU de Besançon
Les cosmétiques font partie de l’environnement obligatoire de chacun d’entre nous, dès le plus jeune âge ; ils ne peuvent pas avoir d’allégation thérapeutique, par définition, ils n’ont pas d’AMM avant mise sur le marché, et à l’inverse des médicaments, il n’est pas question de parler pour eux de rapport « bénéfices/risques ». Toutefois, depuis quelque temps, des campagnes grand public et de nombreuses publications dermatologiques s’intéressent à leurs effets indésirables.
Les cas de plus en plus nombreux d’effets indésirables des cosmétiques rapportés à l’Afssaps incitent à se poser la question : les composants des cosmétiques ont-ils réellement des bénéfices et sont-ils dangereux ? Le terme « composant » désigne « élément de base d’un ensemble plus complexe, lequel est un assemblage de composants » ; les composants des cosmétiques sont donc les ingrédients ; le contenant et l’emballage entrent aujourd’hui aussi en ligne de compte. Les bénéfices des cosmétiques Si l’on tient compte du fait qu’un bénéfice est un avantage, un gain, un profit, les bénéfices peuvent être envisagés à différents niveaux. Au niveau économique, les bénéfices des firmes liées aux cosmétiques ne semblent pas à démontrer. Au niveau du bien-être, le bénéfice de l’utilisation des cosmétiques sur la qualité de vie a été évalué par analyse de bibliographie, en 2011(1). Les pathologies qui bénéficient le plus de l’utilisation des cosmétiques en termes de qualité de vie des patients sont le vitiligo et le cancer ; les consommatrices qui bénéficient le plus des cosmétiques pour les effets sensoriels et l’impact psychosocial sont les femmes de 46/55 ans. Ces bénéfices d’utilisation des cosmétiques pour le consommateur sont contenus dans leur définition (encadré). Un produit cosmétique est destiné à l’humain (un shampooing pour chien, par exemple, n’est pas considéré comme un cosmétique). Il peut avoir une utilisation privée ou professionnelle (savons utilisés pour laver les mains dans l’industrie par exemple) ; il peut même être un outil de travail, comme c’est le cas pour les professionnels de l’esthétique. Le devenir du produit (absorption, métabolisme) n’est pas envisagé dans la définition, mais il est précisé que le cosmétique ne doit pas nuire à la santé humaine dans les conditions normales d’utilisation. Ainsi, selon la définition, le consommateur ne devrait avoir que les bénéfices, le risque étant exclu.   Les cosmétiques peuvent-ils être dangereux ? Est considéré comme dangereux un produit ou une situation susceptible d’altérer gravement l’intégrité physique d’un individu exposé. La santé humaine ne doit donc pas être mise en danger par des produits pour lesquels la notion de rapport bénéfice/risque n’entre pas dans leur définition. Les cosmétiques, sensés ne pas nuire, peuvent cependant être dangereux en cas de mésusages, voire dans les conditions normales d’utilisation.   Danger et mésusage Les cosmétiques ne doivent pas nuire à la santé humaine dans les conditions normales d’utilisation, par définition. En revanche, des conditions anormales d’utilisation (mésusages) peuvent révéler un potentiel dangereux. Le mésusage peut être accidentel (confusion de packaging, d’utilisation) ou volontaire (rarissime, car le cosmétique n’est pas perçu par le public comme pouvant nuire), local ou général. Le mésusage local peut être : • cutané : – excès d’utilisation pour accroître un bénéfice attendu avec impatience par le consommateur : crèmes antirides, anticellulite, dépilatoires, gels douches, etc. ; – absence de prévention et excès d’utilisation obligé, le plus souvent professionnel (coiffeur) ; – utilisation détournée d’un produit cosmétique hors cadre comme outil de diagnostic ; par exemple, les « touches d’essai » préconisées par les firmes avant de réaliser une teinture capillaire, qui risquent d’induire des sensibilisations à la PPD (paraphénylène diamine) par leur répétition, avec développement de lésions bulleuses suintantes, non gérées médicalement, parfois suivies de séquelles pigmentaires (figure 1). Figure 1. Séquelle pigmentée définitive 3 ans après une « touche d’essai » à une teinture capillaire, pratique hors cadre du règlement des cosmétiques. Cette utilisation n’est pas couverte par le règlement des cosmétiques. • muqueux : kératite par shampooing dans l’oeil ; brûlures de gencives par blanchissants de dents. • dentaire : amoindrissement de l’émail. Le mésusage général concerne le risque redoutable d’utiliser la toxicité de certains produits en vue d’une autolyse. Le travail sur le packaging et le conditionnement tend à réduire au maximum ce danger, plus lié aux produits lessiviers.   Danger en conditions normales d’utilisation Depuis la création de la cosmétovigilance en 2004, le nombre d’effets indésirables liés aux cosmétiques déclarés augmente chaque année(2). Si l’on considère que le danger est une situation susceptible d’altérer gravement l’intégrité physique et qu’un certain nombre d’effets indésirables rapportés sont, selon la définition de la cosmétovigilance, considérés comme graves, il semble que les cosmétiques puissent être dangereux dans les conditions normales d’utilisation. Ces dangers peuvent s’exprimer sur un mode aigu ou non, ils peuvent s’exprimer au niveau de la peau ou d’un autre organe. Figure 2. Les atteintes du visage par allergie aux isothiazolinones donnent une atteinte esthétique visible. À noter que les dangers pour l’environnement ne sont pas évalués. • Les dangers ou effets graves cutanés peuvent être : – aigus : brûlures par erreur de composition de lot, faute technique( 3) ; – chroniques : pigmentation (mélanose de Rielh, dépigmentation vitiligoïde), comédogenèse, hyperpilosité ou dépilation, vergetures, irritation. • Les effets extracutanés sont l’expression de la pénétration du produit, d’un ou plusieurs composants : – atteinte du système immunitaire s’exprimant par des manifestations allergiques immédiates (urticaire, asthme, choc anaphylactique)( 4) ou retardées (eczéma de contact, dermatites) ; – atteinte toxique d’autres organes : hépatique, respiratoire, neurologique, endocrinienne(5-7) ; – cancers, décès, toxicité sur la fonction reproductrice. Les conséquences de l’expression de ce danger est souvent une atteinte esthétique indiscutable (figure 2), une atteinte narcissique à rechercher par empathie. Pour le législateur, l’effet observé est grave en cas d’hospitalisation, d’apparition d’une incapacité fonctionnelle permanente ou temporaire, d’une invalidité, de mise en jeu du pronostic vital immédiat, de décès ou de survenue d’une anomalie ou d’une malformation congénitale (loi n°2004- 806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique [LOSP])(8).   La sécurité des produits est assurée par le règlement européen(9) Un produit est un cosmétique s’il répond à la définition et s’il remplit les conditions du règlement européen, particulièrement en ce qui concerne la notion de responsable de mise sur le marché, l’étiquetage commun (figure 3) et le respect des annexes. Les filtres solaires, les conservateurs et colorants sont inscrits sur des listes limitatives (annexe II pour les substances exclues ; annexe III pour les substances soumises à conditions). Les annexes assurent la sécurité des produits, mais hors annexes tout est libre. Ceci permet de distinguer les cosmétiques illicites. Produits illicites ou underground Des produits peuvent être perçus comme cosmétiques, mais ils peuvent soit ne pas répondre à la définition des cosmétiques (allégations thérapeutiques par exemple) en ayant un responsable de mise sur le marché, ils sont alors illicites ; soit ne pas respecter les annexes ou l’étiquetage commun, ils ont alors rarement un responsable de mise sur le marché, et on parle de cosmétiques underground. Figure 3. Étiquetage commun : ingrédients inscrits en INCI sur l’emballage (sauf impuretés et 26 substances parfumantes [un certain seuil], et autres parfums ou arômes). Numéro de lot. Date de péremption. Coordonnées du responsable de la mise sur le marché. Ces produits non sécurisés par le règlement européen sont les produits de tous les dangers (tableau 1). Ces produits sont hors la loi, leur retrait est possible s’il y a un responsable de mise sur le marché, sinon, la seule mesure possible de prévention est l’information du grand public par les médias ou le site de l’Afssaps (figure 4).   Cosmétiques contenant des ingrédients dangereux Les cosmétiques peuvent contenir des ingrédients dangereux connus (tableau 2), dont la dangerosité est gérée par les annexes, mais il faut se rappeler que hors annexes tout est libre et que de l’innovation peut surgir le danger. Par ailleurs, certaines zones confinées et moites confèrent une dangerosité intrinsèque aux produits qui y sont appliqués (déodorants, gels douches, produits pour le siège des bébés). Enfin, la disparition de certains conservateurs incite à utiliser toujours la même gamme de molécules, les isothiazolinones, or cette sur-utilisation induit un surrisque de sensibilisation (figure 5). Une polémique existe, opposant les cosmétiques « bio » aux autres sous prétexte que le bio, naturel, est moins dangereux que le « chimique ». Rien n’est moins sûr ; en effet, une substance active (parfum, conservateur) d’origine végétale est un composant chimique issu de la chimie du carbone au même titre que celle issue directement de la chimie « classique »(10). Par ailleurs, les noms INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) de la matière première végétale n’est pas réellement informative dans la liste des ingrédients : par exemple, le mot « oil » désigne aussi bien une huile de noyau qu’une huile essentielle ; ces deux types de substances sont très différentes, mais dans les deux cas l’ingrédient listé est une soupe d’allergènes potentiels différents (11). Il faut remarquer que la batterie standard ICDRG, qui liste les allergènes les plus fréquents chez des patients ayant une allergie de contact, contient des allergènes « bio » (tableau 3). La liste des ingrédients de l’étiquetage commun peut servir au patient à faire l’éviction de son allergène lorsqu’il se sait allergique, mais elle ne peut pas servir à repérer des substances dangereuses. En effet, les ingrédients listés, pris isolément et dans l’absolu, peuvent être dangereux (l’eau elle-même peut être dangereuse dans certaines conditions ; elle est reconnue comme facteur essentiel de la dermatite des mains).  Le travail du galéniste est de respecter les annexes et de travailler en respectant les bonnes pratiques de laboratoire pour produire un cosmétique sécurisé au mieux en fonction des connaissances techniques du moment. Sécurité et vigilance Le danger avant mise sur le marché Il est prévenu par les bonnes pratiques de laboratoire, la science du galéniste, les calculs de NOAEL (no adverse effect level), l’évaluation des ingrédients par test sur l’animal, puis du produit fini par le test de sécurité final. Figure 4. Affichette pour l’information grand public sur les dangers des tatouages éphémères noirs, téléchargeable sur le site de l’Afssaps. Il y a aussi l’évaluation des ingrédients à fort tonnage d’utilisation par le REACH (règlement sur l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et les restrictions des substances chimiques). Ceci n’empêche pas certains dangers d’émerger au moment où le produit est utilisé à grande échelle.  Lorsqu’il est repéré, des mesures législatives sont prises pour s’adapter au progrès technique : diminution des parfums, recherches sur le produit réellement sans conservateur, bannissement de l’euxyl K 400, limitation du formaldéhyde, de la PPD, vitamine K bannie en France, etc. L’émergence de nouveaux dangers Elle est mise en évidence par les systèmes de vigilance. • Le fabricant doit assurer une surveillance de ses produits après mise sur le marché et tenir accessible au public la liste des effets indésirables observés. • Les États membres sont responsables de la sécurité des produits utilisés sur leur territoire et doivent informer la Commission européenne et les autres États en cas de problèmes graves survenus sur leur territoire. • Des réseaux de vigilance confraternelle et les publications scientifiques diffusent l’information d’émergence de nouveaux dangers. Toute mise en évidence de cas d’effets indésirables à un cosmétique peut aider à mieux évaluer un risque connu ou non. Figure 5. Eczéma aigu chez un garçon de 12 ans, dont la mère évitait soigneusement les parabens : ses produits contenaient un seul conservateur, une isothiazolinone. Le dermatologue doit donc déclarer ses cas à la firme en charge de la surveillance de son produit, mais aussi à l’Afssaps (http://www.afssaps.fr) et aux réseaux de vigilance (Revidal GERDA et allergies(12) ; groupe « dépigmentation volontaire » de la SFD ; VigiDEC et cosmétiques utilisés en dermatologie esthétique et correctrice(13), etc.).   Conséquences de la vigilance Ceci permet de gérer les risques et de diminuer le danger : • la firme retaque son produit (niveau industriel) ; • l’Afssaps prend des mesures de police sanitaire – analyse, retrait de lot, suspension d’ingrédient, alerte européenne, information grand public, etc. (objectif de santé publique) ; • les réseaux informent en temps réel pour la prise en charge des patients (objectif médical).   Conclusion Il faut différencier les cosmétiques illicites ou underground, cosmétiques de tous les dangers, des cosmétiques pour lesquels des efforts constants de sécurisation sont faits pour réduire le danger à l’asymptote zéro et pour que le bénéfice soit maximal. Il faut participer aux systèmes de vigilance pour que cette asymptote soit approchée au plus près.   

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