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Infectiologie

11 mai 2020

Manifestations cutanées lors du COVID-19

Nicolas Kluger, Helsinki University Hospital, Helsinki, Finlande

Une épidémie par un nouveau coronavirus (Severe Acute Respiratory Syndrome du au coronavirus 2 ou SARS-CoV-2) s’est déclaré au Wuhan (Chine) le 31 décembre et s’est rapidement propagée dans le monde entier. La maladie liée au SRAS-CoV-2 a été définie comme la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) le 11 février 2020 et l’état de pandémie a été déclaré par l’Organisation mondiale de la santé un mois après(1).

Le SARS-COV-2 se transmet de personne à personne, la transmission peut avoir lieu par inhalation de gouttelettes, la transmission directe par la toux et les éternuements, ainsi que par le contact y compris via les muqueuses buccales, nasales et oculaires(2). La période d’incubation de l’infection est d’environ 5,2 jours. L’évolution peut être fatale dans les 14 jours (durée médiane). Les symptômes du COVID-19 comprennent principalement de la fièvre, une toux parfois productive et une asthénie. Le COVID- 19 touche les voies respiratoires inférieures (pneumopathie hypoxémiante) et supérieures (rhinorrhée, éternuements, pharyngite)(3). En outre, des atteintes extrapulmonaires sont également rapportés : rénale (protéinurie, hématurie)(2), digestive (diarrhées)(3) et cardiaque(4). Le COVID-19 étant une infection virale, la question de possibles manifestations cutanées associées à l’infection se posait. Éruptions paravirales au SARS-COV-2 Plusieurs articles très récemment publiés pointent vers des manifestations para-virales(5,6). Les dermatologues de l’hôpital de Lecco, en Lombardie, ont examiné 148 patients avec COVID-19(5). Ils ont exclu 60 patients qui avaient pris au moins un nouveau traitement dans les 15 derniers jours. Parmi les 88 patients restants, près de 20 % (n = 18) présentaient des manifestations cutanées. Huit patients avaient des symptômes au début de la maladie et les 10 autres présentaient une éruption durant l’hospitalisation. Il s’agissait principalement d’éruption érythémateuse (n = 14), d’urticaire généralisée (n = 3) et dans un cas d’un tableau de type pseudo-varicelle avec des vésicules. Le tronc était principalement affecté. L’éruption était peu prurigineuse et les lésions guérissaient généralement en quelques jours sans séquelles. Les auteurs ne retrouvaient aucune corrélation avec la gravité de la maladie. Il s’agit d’une étude préliminaire sans documentation : aucune photographie clinique n’était possible (en raison des restrictions locales pour éviter une contamination d’autres patients), aucune histologie n’a été faire, et aucune PCR SARS-CoV-2 n’a été réalisé sur les vésicules de la pseudo-varicelle. Des dermatologues thaïlandais ont rapporté également le cas d’un patient avec un exanthème pris à tort pour une dengue initialement(6). Notons que sur les réseaux sociaux comme Twitter, de nombreux médecins témoignent d’éruptions cutanées durant le COVID-19. Cependant, on attend des études prospectives observationnelles pour confirmer le lien avec cette infection. Figure 1. Les diverses manifestations COVID-19 connues à ce jour. Coagulopathie intravasculaire disséminé (CIVD) Des tableaux de CIVD ont été observés durant le COVID-19(7). Elles peuvent s’accompagner d’atteinte cutanée avec des nécroses ischémiques acrales (bulles, gangrène)(8). Toxidermies  Il ne faut pas perdre de vue que les patients COVID-19 peuvent se présenter avec des toxidermies en rapport avec les traitements de soutien (antibiotiques, etc.), les divers traitements anti-rétroviraux actuellement à l’essai, ou enfin les traitements en libreservice ou maison de type herbes chinoises. Zheng et Lai mentionnent ainsi des cas d’urticaires, de vasculites urticariennes ou de prurit-induits(9). Rappelons que la chloroquine, qui connait actuellement un regain d’intérêt dans le COVID-19, peut être pourvoyeuse de prurit aigu(10). Exacerbation de dermatoses  Des exacerbations de dermatoses préexistantes comme l’acné, la rosacée (notamment en raison du port des masques) ou de neurodermatites ont été observées(9). Le stress actuel généré par la situation globale et le confinement peut également être générateur de poussées de dermatoses. Dermatoses de contact Elles touchent principalement, mais pas exclusivement, le personnel de santé des unités COVID-19. Le lavage des mains répétitifs, le port des gants, de masques et de lunettes sont responsables d’une augmentation de la prévalence de dermatoses de contact. Selon une étude chinoise, la prévalence était de 97 % chez le personnel de santé en première ligne !(11). Les topographies sont sans surprise les mains, les joues, le front et la racine du nez en raison des masques et lunettes. L’atopie, l’hiver, le faible taux d’humidité, la fréquence du lavage des mains, le travail humide, l’utilisation de gants et le temps au travail sont tout autant de facteurs de risque de dermatite des mains chez le personnel médical(12). La prévention de ces lésions reste difficile. On recommandera un lavage à l’eau tiède et au savon ou une solution hydro-alcoolique puis l’application immédiate d’une crème hydratante sans parfum. Au total, le COVID-19 est associé avec un certain de nombre de manifestations cutanées. Les manifestations paravirales méritent d’être mieux colligées et analysées. Il est important de ne pas perdre de vue que les patients dermatologiques non-COVID-19 n’ont pas disparu et se garder de diagnostiquer par excès des manifestations qui n’auraient aucun lien. À l’heure de la rédaction de cet article, la Société francaise de dermatologie lancait un appel à cas pour l’étude Covidskin(13). Article rédigé le 30 mars 2020

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