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Infectiologie

27 avr 2020

Éruption cutanée durant le COVID-19 : où en est-on ?

Nicolas Kluger, Helsinki, Finlande

Une épidémie par un nouveau coronavirus (Severe Acute Respiratory Syndrome dû au coronavirus 2 ou SARS-COV-2) s’est déclarée à Wuhan (Chine) le 31 décembre et s'est rapidement propagée dans le monde entier.

Le COVID-19 étant une infection virale, la question de possibles manifestations cutanées associées à l’infection se posait. Fin mars, ont été publiées les premières observations d’exanthème viral, d’urticaire aiguë et d’éruptions évocatrices varicelliforme(1). Nous avions écrit un premier point fin mars dans Dermatologie pratique.

En moins d’un mois, un grand nombre de cas cliniques et quelques séries ont été publiées et elles permettent de mieux délimiter le spectre des symptômes cutanés. Parmi ces derniers, on retrouve : une urticaire aiguë, qui peut être une manifestation inaugurale du COVID-19(2-4), une éruption flexurale(5,6), une éruption faite de vésicules, peu ou pas prurigineuses, sur fond érythémateux localisée au tronc et disparaissant sans séquelle en 8 jours(7). Depuis plusieurs semaines, les dermatologues de ville organisés sur les réseaux sociaux (Twitter, Whatsapp(8)) ou par mailing lists, en France ou ailleurs, comme en Espagne(9), commençaient à faire remonter du terrain la survenue d’éruptions acrales des mains et des pieds chez des sujets jeunes, évocatrices d’engelures. Cependant, le climat doux actuel dans le sud de l’Europe ne collait pas véritablement avec la survenue d’engelures saisonnières. De nombreuses publications décrivent ces lésions(9-14). Elles touchent le plus souvent des adolescents ou des jeunes adultes en bonne santé sous la forme de papules érythémateuses ou violines, parfois œdémateuses, localisées aux extrémités dorsales des doigts de pieds ou parfois sur la pulpe. Elles peuvent aussi toucher les talons(12,13) et la plante des pieds. Plus rarement des vésicules ou des bulles sont observées(13,14). Des lésions sont aussi retrouvées au niveau des doigts des mains(10). Elles peuvent démanger ou être douloureuses(13). Les lésions se résolvent en 2 à 4 semaines(14). On retrouve un contexte familial, avec plusieurs membres vivant sous le même toit avec les mêmes lésions. Elles sont exceptionnellement décrites chez des sujets âgés(9). Ces patients sont souvent pauci-symptomatiques. Dans la série de Piccolo et al.(13), seule une faible proportion de patients présentait des symptômes digestifs (11 %), respiratoires (7,9 %) ou fébrile (4,8 %)(13). Landa et al. ont rapporté un garcon de 15 ans avec une pneumopathie bilatérale à la radiographie (mais PCR négative). Dû au contexte épidémique, les diagnostics sont posés lors de consultations de télédermatologie, sans confirmation, ni examen complémentaire. Dans les rares cas où une PCR nasale a pu être réalisée, elle est bien souvent négative. Des PCR rectales ont également été réalisées et sont aussi négatives(14). Le même problème se recontre avec les sérologies. Piccolo et al. rapportent deux sérologies positives sur seulement six patients testés(13). Quelques auteurs ont rapporté des PCR nasales positives(10,11). Il s’agissait alors de patients adultes dans les trois cas. Kolivras et al. ont eu la possibilité de faire une histologie d’une de ces lésions : l’aspect est similaire à celui d’engelure, avec un infiltrat lichénoide lympho-plasmocytaire périvasculaire et périeccrine sans thrombose ni vascularite(11). Les raisons pour lesquelles la PCR reste négative incluent : un prélèvement de mauvaise qualité, un autre diagnostic/l’absence d’infection par le SARS-CoV-2, ou bien une réaction retardée après infection par le SARS-CoV-2. Les hypothèses actuellement privilégiées pour expliquer la physiopathogénie de ces engelures seraient une réponse interferon anti-virale adaptée chez les sujets jeunes (et absente chez les sujets âgés)(10). Par ailleurs, le délai entre l’apparition des symptômes cutanés et d’autres symptômes infectieux viraux ou un contage infectieux retrouvé à l’interrogatoire possible est souvent de plusieurs semaines, si bien que ces engelures apparaissent comme une réaction retardée après infection. Au total, en moins d’un mois, le nombre de publications sur les manifestations cutanées a considérablement augmenté, avec des articles provenant des pays les plus touchées (Espagne, Italie). L’étude COVIDSKIN en France est encore en cours, et les américains ont également une étude en parallèle. Les impressions du moment, qui ne sont, rappelons-le qu'hypothétiques : On semble s’orienter vers d’un côté des éruptions aiguës inaugurales ou durant l’infection active (exanthème, urticaire, pseudo-varicelle) et de l’autre une éruption acrale de type pseudo-engelures, de bon pronostic, dénotant d’une réponse immune positive ou d’une éruption post-infection tardive. Une confirmation est nécessaire, il faut continuer autant que possible à colliger ces cas correctement pour éliminer des diagnostics différentiels. De plus, la réalisation d’une sérologie SARS-CoV-2 est importante pour confirmer au moins une infection chez ces patients.   Nicolas Kluger Dermatologie, Helsinki University and Helsinki University Hospital, Helsinki, Finlande Dermatologie, hôpital Bichat-Claude Bernard, Paris

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