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Allergologie

Publié le 08 jan 2024Lecture 4 min

Impact de l’environnement sur la fonction barrière cutanée

Catherine FABER, d’après la présentation d’A. Nosbaum, CH Lyon-Sud

Le rôle des facteurs environnementaux dans l’augmentation exponentielle des maladies allergiques et auto-immunes depuis les années 1960 a fait l’objet d’un grand nombre d’études. Leurs résultats étayent l’hypothèse de la barrière épithéliale, avancée pour expliquer cette évolution préoccupante.

Les voies biologiques sont influencées par le génome, mais aussi par l’exposome qui correspond à la totalité des expositions – internes et externes – auxquelles un individu est soumis depuis sa conception jusqu’à sa mort. L’exposome interne comprend des facteurs endogènes comme le vieillissement, les hormones et les processus métaboliques homéostatiques. L’exposome externe regroupe les facteurs environnementaux, socioéconomiques et psychologiques. Ces dernières décennies ont été marquées par des changements de l’ensemble des facteurs environnementaux (climat, alimentation, microbiome, substances environnementales et polluants de l’air)(1). Développée récemment, l’hypothèse de la barrière épithéliale postule que l’exposition accrue à des facteurs de l’environnement altérant cette barrière, liée à l’industrialisation, à l’urbanisation et à la vie moderne, sous-tend l’augmentation des maladies allergiques, autoimmunes et d’autres maladies chroniques(2). Des facteurs environnementaux peuvent avoir un impact immunologique sur la fonction barrière cutanée dans 70 à 90 % des cas.   LA DERMATITE ATOPIQUE   Un exemple illustratif est celui de la dermatite atopique (DA) au cours de laquelle l’anomalie princeps est une altération de la barrière cutanée. Cette dermatose inflammatoire chronique peut être d’origine génétique (10 à 30 % des cas) et/ou d’origine environnementale (70 à 90 %), ce qui implique l’exposome externe avec l’exposition à des polluants, des produits cosmétiques, des détergents, à l’hygiène excessive, à la dysbiose cutanée… Les facteurs environnementaux ont un impact immunologique sur la fonction barrière cutanée. Une étude sur des kératinocytes humains normaux a ainsi montré que les détergents (surfactants anioniques et détergents commerciaux) se lient aux protéines, entraînant une diminution de l’intégrité des jonctions serrées et une augmentation de la perméabilité épidermique(3). Une autre étude a utilisé deux principaux surfactants des détergents présents dans des savons et des produits de toilette à une dilution de plus de 1: 40 000(4). Elle met en évidence leur impact direct sur les kératinocytes avec une altération de l’intégrité des jonctions serrées, mais aussi une altération des lipides membranaires cellulaires. Ces effets induisent la production d’alarmines qui favorisent le recrutement des lymphocytes TH2 et des cellules lymphoïdes résidentes innées de type 2 (ICL2), aboutissant à une inflammation de type 2 telle que décrite dans la DA. Les détergents peuvent donc altérer la barrière épithéliale même après rinçage. Quant aux particules polluantes (PM2,5 et PM10), elles contribuent à l’altération de la barrière cutanée via l’activation de l’AhR (Aryl hydrocarbon Receptor). Les PM ont une très forte affinité pour ce facteur de transcription présent dans toutes les cellules cutanées. Il a été montré, notamment in vitro, que l’exposition cutanée aux PM provoque une diminution des protéines impliquées dans les jonctions cellule-cellule et favorise l’hyper-innervation et le prurit(5 ,6). L’AhR es t également surexprimé dans la DA(5). Un troisième facteur environnemental, la dysbiose cutanée, est capable d’altérer la barrière cutanée et de favoriser une inflammation de type 2. L’augmentation de la colonisation par les staphylocoques dorés (S. aureus) est corrélée avec le développement et la sévérité de la DA(7). La pathogénicité de ces bactéries est liée à l’expression de facteurs de virulence par certaines souches, qui altèrent la barrière cutanée(8). Des travaux réalisés par une équipe lyonnaise(9) montrent aussi qu’il y a une pathogénie de S. aureus dont l’exposition naturelle déclenche l’accumulation de cellules pro-inflammatoires mais protectrices. Il s’agit de lymphocytes T résidents mémoires spécifiques de S. aureus (de type  et CD4+) qui sont localisés sur les sites antérieurement atteints par la DA et participent aux poussées et à la chronicité de la DA uniquement lorsque la peau est altérée.   DE LA PRÉVENTION AU RENFORCEMENT DE LA BARRIÈRE CUTANÉE   Pour prévenir l’impact environnemental sur la barrière cutanée, il faudrait favoriser l’éviction et/ou le contrôle des substances polluantes, développer des produits plus sûrs et moins toxiques, et identifier des biomarqueurs pour sélectionner les sujets ayant une barrière altérée. La prévention passe également par le développement de nouvelles approches thérapeutiques pour resserrer les jonctions épithéliales impliquées dans la fonction barrière et des interventions sur les différents facteurs comme l’hygiène, l’alimentation, le microbiote… La mise en place d’actions pour renforcer la barrière cutanée nécessite de s’intéresser à l’exposome et à la médecine environnementale. Par exemple, le service numérique Recosanté, issu du PNSE4(11) permet de connaître la qualité de l’environnement direct, et certaines applications d’identifier les pics de pollution. Il faut aussi diminuer les expositions aux polluants – mais c’est complexe –, lutter contre les UV, porter des vêtements protecteurs tels que les équipements de protection individuelle et utiliser des émollients dont l’efficacité dans la prévention secondaire de la DA est prouvée. D’après la présentation d’A. Nosbaum, CH Lyon-Sud, INSERM U1111 44e cours du GERDA, 29 septembre 2023. Session « Dermatite atopique » sponsorisée par Pfizer.

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