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Dermatologie pédiatrique

28 juil 2010

Qu’est-ce que l’APEC ?

Y. BOUREZANE, Besançon

Cette affection a été rapportée pour la première fois par Brunner en 1962 dans la revue Archives of Dermatology dans un article intitulé « Nouvel érythème papuleux de l’enfance, à propos d’une série rétrospective de 75 cas observés sur une période de 10 ans » (1). C’est finalement A. Taïeb qui, en 1993, propose l’acronyme APEC (Asymmetric Periflexural Exanthem of Childhood) pour désigner cette affection et qui sera depuis retenu (2). L’APEC survient classiquement chez l’enfant d’âge pré-scolaire, en moyenne 24 mois (17 à 36 mois), plus rarement vers 5-7 ans, mais exceptionnellement à l’âge adulte. En effet, à notre connaissance, il n’y a qu’une seule observation publiée par une équipe allemande (3) chez un homme de 25 ans. Le tableau 1 résume les principales caractéristiques des trois principales publications ayant permis de préciser cette entité.

Diagnostic Le caractère saisonnier est souvent retrouvé (printemps-hiver) de même que la prédominance féminine (2/1). La présentation clinique et l’évolution sont caractéristiques de l’APEC. Quelques jours après un syndrome grippal, pouvant d’ailleurs passer inaperçu, survient un érythème maculopapuleux pseudo-urticarien, unilatéral, débutant au niveau de la région du pli axillaire d’aspect annulaire ou circiné et d’extension centrifuge avec parfois atteinte de la région dorsale (figure 1). La bilatéralisation des lésions est possible. L’aspect de l’exanthème peut parfois être eczématiforme simulant une dermatite atopique (figures 2 et 3) lorsque l’éruption est prurigineuse ou papuleuse, pouvant ainsi simuler un syndrome de Giannotti-Crosti (figure 4), ou plus rarement purpurique (figure 5). Figure 1. APEC avec extension dorsale.  Figure 2. APEC d’aspect eczématiforme. Figure 3. Aspect eczématiforme. Figure 4. APEC simulant un syndrome de Giannotti-Crosti. Le prurit est le plus souvent discret et l’évolution est spontanément favorable en 4 à 6 semaines (4). Le reste de l’examen clinique permet de retrouver une adénopathie satellite dans environ 50 % des cas. L’examen histologique n’est pas nécessaire et ne semble pas être spécifique. Cependant, une étude canadienne portant sur 48 cas d’APEC avec réalisation de 15 examens histologiques insiste sur la présence d’un infiltrat lymphohistiocytaire autour des glandes eccrines, qui semble être un signe histologique évocateur d’APEC(5). Le traitement de l’APEC est purement symptomatique : émollient, dermocorticoïdes et antihistaminiques. Il faut surtout rassurer les parents et les convaincre de la bénignité des lésions.   Similitudes avec d’autres exanthèmes Figure 5. Aspect purpurique. Sur le plan étiologique, l’hypothèse virale est au premier plan à l’heure actuelle, malgré l’absence de preuves virologiques(6,7), et basée sur les arguments suivants : aspects cliniques et évolutifs similaires aux exanthèmes viraux, recrudescence hivernale et printanière, présence de prodromes (syndrome pseudo-grippal, cas familiaux rapportés). Certaines similitudes entre l’APEC, le syndrome de Giannotti-Crosti et le pityriasis rosé de Gibert (PRG) sont troublantes, telle la survenue par petites épidémies saisonnières et l’évolution spontanément favorable en quelques semaines suggérant la même origine virale. Ce virus serait responsable d’éruptions différentes survenant à différents moments de la vie : durant la première année pour le Giannotti- Crosti, puis vers l’âge de 2 ans pour l’APEC et vers 5-6 ans et à l’âge adulte pour le PRG. Le tableau 2 résume les caractéristiques de ces trois affections. Conclusion L’APEC présente des similitudes avec deux autres affections dermatologiques bénignes d’évolution spontanément favorable et dont l’origine virale est probable : le syndrome de Giannotti-Crosti et le pityriasis rosé de Gibert, suggérant l’existence d’un spectre continu entre ces trois affections, dont la différence principale réside dans l’aspect clinique et l’âge de survenue. Des études plus approfondies et contrôlées devraient être réalisées pour approfondir cette hypothèse.  

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