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Article du mois

18 mar 2021

Efficacité du tacrolimus 0,1 % en traitement d’entretien de la dermite séborrhéique

François CHASSET, hôpital Tenon, Paris
Efficacité du tacrolimus 0,1 % en traitement d’entretien de la dermite séborrhéique

La dermite séborrhéique (DS) est une dermatose inflammatoire chronique fréquente touchant 2,5 à 3 % de la population. Elle touche fréquemment le cuir chevelu et le visage. Les formes sévères sont associées à un retentissement important sur la qualité de vie.

En cas de DS modérée à sévère, le recours aux dermocorticoïdes est souvent nécessaire au long cours, pouvant entraîner des effets indésirables cutanés. Classiquement, la base du traitement d’entretien repose sur les antifongiques topiques ; néanmoins les données de l’efficacité de ces traitements au long cours est très limitée. Le tacrolimus topique est utilisé fréquemment dans la dermatite atopique et a démontré son efficacité en prévention des poussées de la maladie. Son utilisation sur le visage est tout à fait possible et il n’a pas les mêmes effets indésirables locaux que les dermocorticoïdes. Il pourrait donc être un traitement d’entretien efficace dans la DS. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’efficacité du tacrolimus 0,1 % par rapport à la ciclopiroxolamine 1 % en traitement d’entretien de la DS du visage après un traitement d’induction par dermocorticoïdes. Les patients inclus avaient plus de 18 ans, une DS sévère du visage définie par un score d’au moins 4 sur une échelle de sévérité de 0 à 8, et la présence d’au moins 3 poussées dans les 6 derniers mois ou des lésions continues et avaient répondu à un traitement d’induction de 7 jours par dermocorticoïdes. Les patients étaient randomisés 1 : 1 pour recevoir un traitement d’entretien par tacrolimus 0,1 % ou ciclopiroxolamine 1 % 2 fois par semaine chacun pendant 24 semaines jusqu’à la survenue d’une rechute. Le critère de jugement principal était la durée sans maladie, définie comme le temps entre la randomisation et une première rechute constatée par un investigateur dans les 48 h. Une rechute était définie comme la survenue d’un érythème d’au moins 3 sur l’échelle de 0 à 8. Les critères de jugement secondaires incluaient le nombre de poussées, la quantité utilisée de dermocorticoïde afin d’obtenir une nouvelle rémission, la qualité de vie et la tolérance. Au total, 114 patients ont été randomisés, 57 dans chaque groupe. Quinze patients n’ont pas complété l’étude, 6 dans le groupe tacrolimus, 9 dans le groupe ciclopiroxolamine 1 %. Concernant le critère de jugement principal, 12 patients (21,1 %) ont eu une rechute dans le groupe tacrolimus 0,1 % contre 23 (40,4 %) dans le groupe ciclopiroxolamine 1 %. De plus, le délai médian avant la rechute était de 91,5 jours (extrêmes 15-195) dans le groupe tacrolimus contre 27 jours (13-201) dans le groupe ciclopiroxolamine 1 %, avec une durée sans maladie supérieure pour le tacrolimus ; hazard ratio (HR) pour rechute 0,44 (IC95 % : 0,22- 0,89, p = 0,022). En analyse multivariables avec un modèle de Cox incluant la sévérité à baseline, la qualité de vie, le score skindex) le tacrolimus était toujours associé à un plus faible risque de rechute (HR 0,32 ; p = 0,015). Par ailleurs, le nombre de rechute était de 37 dans le groupe tacrolimus et 46 dans le groupe ciclopiroxolamine 1 % sans différence significative entre les groupes. La quantité de dermocorticoïde nécessaire à obtenir une nouvelle rémission n’était pas différente entre les groupes. Concernant la qualité de vie, il existait une amélioration supérieure du DLQI avec le tacrolimus 0,1 % par rapport à ciclopiroxolamine 1 % -4,2 points ± 4,6 vs -1,4 point ± 3,7 mais la différence n’était pas significative (p = 0,11). Enfin, concernant la tolérance le nombre d’effets indésirables était supérieur avec le tacrolimus n = 62 total versus 37, avec en particulier une sensation de brûlure chez 29 patients dans le groupe tacrolimus contre 17 dans le groupe ciclopiroxolamine 1 %. Au total, cette étude démontre la supériorité du tacrolimus topique 0,1 % 2 applications par semaine dans la prévention de la rechute de la DS du visage par rapport à la ciclopiroxolamine 1 % après un traitement d’induction par dermocorticoïdes. La tolérance est acceptable, de même que le rythme d’application, et ce traitement semble donc une bonne alternative thérapeutique dans cette pathologie fréquente.

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